Points de vue d’apprenants sur le dirigisme dans les MOOC

Aujourd’hui, j’aimerais faire un billet sur l’auto-détermination dans les MOOC, entendue ici comme la capacité à formuler ses propres objectifs, à choisir le format et la nature des productions à rendre, les objectifs pédagogiques que l’on souhaite suivre. Je rapporte, comme d’habitude, des propos entendus au cours des entretiens réalisés pendant ma thèse.

Le relative cadrage des MOOC est un élément qui plaît beaucoup aux internautes qui se plaignaient du caractère déstructuré de l’Internet éducatif : on structure un peu les choses pour eux, comme le souligne ce web développeur.

Mais si tu veux c’était pas facile de s’organiser, parce que ça prenait beaucoup de temps, déjà il fallait tomber sur la bonne vidéo, et c’était pas structuré. Tu vois les MOOC c’était la super réponse, et le connectivisme une excellente transition. Tu vois c’était des pistes de réflexions qu’on te propose chaque semaine, et euh, et donc voilà c’était à toi d’aller les chercher, d’aller plus loin, donc ça correspondait déjà à ce que je faisais. Sauf que là quelque part c’était structuré, mais y avait une limite de temps. Donc ça c’était top.

La liberté dans les consignes, le fait de pouvoir travailler sur son propre travail est un élément important. On a ceux qui apprécient d’avoir un cadre construit qui leur permet d’aller vite dans la création d’une production, tout en leur laissant la possibilité de travailler sur leur propre projet. Questionné sur leur position quant au dirigisme dans les instructions pédagogiques, un apprenant répond ainsi :

Après, dirigiste, c’est une question particulière, je crois quand même qu’il faut l’être un peu, mais dirigiste dans ce qui était le MOOCAZ, avec cette notion de, vous devez faire ça, mais votre sujet c’est le vôtre/ Voilà, il y a tel type de chose, rentrez dans tel cadre, mais tout ce que vous allez apporter c’est à vous. C’est un peu ce que j’aurais attendu par exemple, de l’histoire de la première guerre par exemple. A un moment ils nous auraient dit, vous en avez des documents, cherchez-en.

 Je suis, en tant que concepteur, assez partisan du fait de laisser de la liberté dans le choix du sujet, mais de structurer de manière assez précise ce qui est attendu. J’ai eu pas mal de retours positifs sur cette façon de faire. Je vous en mets deux :

Sur le MOOC A à Z, j’ai apprécié le cadre, le côté dirigiste, mais c’est aussi personnel à nouveau. Il y en a ils aiment pas ils aiment pas les carcans ils aiment faire comme ils veulent. Moi ça je … Quand c’est trop large, je suis extrêmement perfectionniste. Alors je vais faire comme ça ou comme ça.

Je me rappelle du document à rédiger, de documents assez élaborés, je me rappelle plusieurs fois tu avais posté des PDF sur Google+. C’est un énoncé très clair, tu disais en fait, de rédiger un document  en répondant à ces questions, tu avais beaucoup de questions. Et c’est ça qui m’a fait rédiger le document, je répondais question par question, sans quoi j’aurais jamais rédigé le document, j’aurais fait un travail trop large a priori, tu vois.

Néanmoins, il y a, comme dans tout devoir, la propension à rentrer pile poile dans les cases, sans se donner beaucoup de peine pour faire un travail consistant. Cette dérive a été soulignée par cette apprenante du MOOCAZ ayant participé à l’évaluation par les pairs de devoirs.

Je trouve que c’est bien parce que du coup c’est vrai autant pour le faire que pour le corriger ça donne une trame assez claire, nette et précise. On sait à quoi s’attendre, on sait ce qu’il doit y avoir dedans et c’est plus facile de l’écrire mais aussi de le corriger car quand il manque une partie c’est zéro sur cette partie-là. Je pense que c’est vraiment bien d’être assez clair là-dessus pour pouvoir avoir des choses sérieuses aussi. Il y en a qui écrivent très bien et qui pourraient très bien écrire quelque chose, donner l’impression que le travail a été bien fait alors qu’au final il n’y a pas vraiment beaucoup de contenu. Donner un cadre assez précis je pense que c’est une bonne idée.

J’ai entendu ce propos à plusieurs reprises. Interrogé sur la liberté dans le choix des sujets développés, un apprenant m’a répondu comme suit :

Ça c’est bien aussi. Après, dans les corrections, j’avais une amie qui avait eu un MOOC sur la violence aux femmes et c’est les choses un peu étranges. Quand on avait corrigé, les étapes de scénarisation avaient été respectées donc au final on ne peut pas mettre une mauvaise note. Voilà, c’était bizarre.

Mais le problème principale de cette relative liberté que l’on donne quant au choix des sujets, c’est l’absence de corrigé fait par l’enseignant et valable pour tous les devoirs, comme le souligne cette apprenante :

Le côté positif c’est que ça nous a permis d’être sur notre centre d’intérêt mais le moins bon c’est qu’il n’y avait pas de corrigé. Comme on n’avait pas d’autre évaluation que les pairs, là où on ne savait pas on n’a pas de réponse. Et on n’a pas non plus quelque chose qui peut nous faire progresser, ou valider, puisqu’on n’a pas de ressource extérieure. On a fait ce qu’on pouvait mais on ne sait pas ce que ça valait.

Néanmoins, comme à chaque fois, beaucoup de participants sont assez compréhensifs par rapport à cet état de fait, et comprennent qu’ils ne peuvent avoir le beurre et l’argent du beurre :

 Non, mais moi je, c’est quelque chose qui était annoncé dès le début. Si moi je veux quelqu’un qui me corrige vraiment bah je prends un cours à distance, je prends une formation à distance au CNED, ou, ou dans une université je sais pas. L’objectif est clair depuis, dès le début en fait, la correction par les pairs ça vaut ce que ça vaut, mais ça permet d’avoir des retours, donc moi ça me dérange pas.

En conclusion, je recommande autant que faire se peut de laisser, dans les activités pédagogiques, une certaine marge de manœuvre, de sorte à ce que les participants puissent travailler sur des projets qui ont du sens à leurs yeux. Evidemment, certains vont en profiter pour faire un peu n’importe quoi, mais on ne doit pas condamner la liberté des uns pour quelques abus à gauche à droite. Pour conclure, encadrez la chose suffisamment pour qu’ils n’aient pas trop à réfléchir, et n’hésitez pas à présenter des corrigés, même sur un exemple fictif, si du moins cela ne prend pas trop de temps de le faire. Voilà voilà. Ce sont des conseils très orientés pour les concepteurs de MOOC. Je ne sais même pas s’il y en a encore beaucoup en 2017, mais à toute fin utile, je diffuse; vous faites ce que vous voulez de mes conseils …

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