Points de vue de concepteurs de MOOC sur les interactions (2/2)

Nous avons vu au cours du dernier billet que les interactions pouvaient avoir au moins deux fonctions pour les concepteurs de MOOC : une fonction pédagogique, et une fonction d’entraide entre participants. Je vous propose aujourd’hui de discuter de deux autres visées, et de revenir sur le point de vue d’enseignants qui ne voient pas toujours d’un bon oeil ce qui se passe dans ces espaces d’interaction.

  Avoir des retours sur le contenu du cours

 L’un des avantages à avoir un forum de discussion, est, bien souvent, que l’on a des retours rapides sur la formation que l’on a faite, comme le soulignent les propos de cet enseignant :

Il y a un petit noyau qui a suivi jusqu’au bout, à faire des remarques, repérer des erreurs. Une des leçons que je retiens, de tous les cours que j’ai faits, ça a été celui qui a été corrigé le plus vite parce qu’il y a la masse des gens qui repèrent. Comme ils sont anonymes sur le forum, ils n’hésitent pas à casser si ça ne marche pas. C’était formateur. J’ai aussi beaucoup apprécié l’interaction. Je craignais ça comme quelque chose qui pourrait être lourd mais finalement c’était l’un des meilleurs moments du MOOC. Les gens apprécient qu’on réponde de manière réactive ; s’il y avait une erreur de montage, c’était corrigé dans la semaine

 Evidemment, c’est mieux quand on peut y faire quelque chose, car s’il faut refaire les vidéos, au coût que cela implique, les retours peuvent juste faire mal. Mais si c’est dans du texte, plus facilement éditable, cela peut se révéler très utile.

L’autre utilité, c’est l’impression d’entrer dans l’intimité des échanges entre participants :

Moi j’ai été, enfin, je suis très enthousiaste – je dis j’ai été par rapport à l’expérience acquise – très enthousiaste par ce forum de discussion, parce que je trouve que c’est un lieu d’interaction entre, très clairement entre les étudiants, enfin les apprenants, je sais pas comment vous les dénommez, et puis, de façon assez originale, entre les apprenants et le prof, parce que en fait, vous n’êtes jamais au courant tellement des discussions qui se passent après votre cours quand vous êtes dans un enseignement classique, vous avez avec le forum une sorte de double entrée, d’une part dans des, dans cette session que vous faites dans les travaux dirigés où les gens posent des questions, où vous les interrogez, donc vous pouvez avec le forum poser des questions, mettre des petits messages. On mettait une question par semaine dans le dernier MOOC. Et donc ils répondent et vous avez l’impression d’être dans une salle de TD et les gens se mettent à répondre – il y a un petit peu de brouhaha etc, ils répondent entre eux, enfin bref y a du bruit c’est intéressant. Mais y a aussi la deuxième chose, c’est-à-dire les petits groupes d’étudiants qui sont au fond, une fois que votre cours est terminé, qui sont dans les couloirs qui parlent. Là vous rentrez jamais, y a une porte d’intimité, le prof est autorisé à transgresser, dans le MOOC que je trouve très très intéressante, parce que très inhabituelle, pour un prof, et donc on est autorisés sans voyeurisme à rentrer dans cette intimité parce qu’ils se parlent entre eux. Parfois ils commentent votre cours, il savent qu’on y a accès donc c’est pas du tout transgressif justement en réalité mais c’est pas, ça n’est pas en tout cas voyeur, mais donc ça je trouve que c’est très très intéressant parce que finalement ça vous donne un retour qui n’est vraiment pas inutile.

 Cet autre enseignant tient un propos assez similaire, quand il dit que le forum « humanise » le cours :

 C’est un truc qui humanise le MOOC. Ils parlent entre eux mais ça permet aussi d’avoir un lien plus étroit avec l’enseignant. C’est un plus en fait. C’est un plus qui humanise le MOOC, qui humanise le cours. C’est un contact plus direct qu’avec la vidéo et je pense que c’est absolument nécessaire même si ça prend beaucoup de temps. Il fallait qu’il y en ait un.

Un vivier d’apprenants motivés

Autre élément intéressant : le forum comme vivier de recrutement. Il arrive assez fréquemment que l’on se serve des plus motivés des apprenants d’un MOOC pour remplir des tâches que ne peut remplir, seule, l’équipe pédagogique du cours. Dans l’exemple qui suit, l’enseignant cherche des tuteurs (mais j’ai rencontré bien d’autres cas de figure au cours de ma thèse) :

 Oui, super. Là, on a quelques intervenants qui font le boulot à ma place de façon impeccable. Je pense que je pourrais mobiliser mieux « cette main d’œuvre » car eux ils aiment. J’ai le projet pour l’année prochaine de mettre en place un tutorat. Mon idée est de dire que ceux qui ont réussi les trois premiers tests ont le droit de devenir tuteurs pour ceux qui ont du mal à passer le premier test. Mais je crois que ça demande un peu d’infrastructure car je n’ai pas vu dans EDX d’outils qui proposent ce genre de choses. Ce serait une sorte de forum privé où seuls les tuteurs pourraient voir les post des élèves. Il y a donc cette expérience de voir cette main d’œuvre disponible et qualifiée d’une certaine façon car ce n’est pas évident le boulot de répondre et d’aider les gens.

Néanmoins, je ne souhaite pas donner l’impression que tous les concepteurs de MOOC ont une vision positive des interactions qui se déroulent dans les forums. Une position classique est le relatif désintérêt, exprimé de manière assez précise par cet enseignant :

Moi ça ne m’intéresse pas du tout. La seule chose qui m’intéresse dans le MOOC c’est la pédagogie. Il y a des choses visuellement laides mais dont je vois la cohérence pédagogique et des choses qui paraissent très belles mais dont je ne vois absolument pas la cohérence pédagogique. Le lien social à l’université a toujours existé. Ce n’est pas nouveau mais ça ne regarde pas le prof. Je ne suis pas là pour ça. Je suis assez curieux de voir le pourcentage de gens qui vont revenir mais pour moi un élève qui revient au même cours c’est un échec. La survivance de la communauté n’est pas mon problème. Je pense que dans la dérive marchande la communauté va être un vrai problème.

Des interactions non désirées

Autre problème, les participants qui vont jouer les M. Je sais tout, et qui vont contribuer à envoyer un message qui n’est pas celui que l’enseignant souhaite faire passer, comme c’est le cas pour un MOOC de vulgarisation des sciences :

Je ne sais pas comment lutter contre ceux que j’appelle les ingénieurs à la retraite qui n’ont pas plus compris que les autres mais qui ont le jargon donc ils l’assènent à tout le monde et font peur à tout le monde. On va essayer de gérer ça. […] C’est bien que les gens s’impliquent mais j’aimerais bien que ce soit les gens qui ont une vraie soif d’apprendre. J’ai essayé d’expliquer dans les premiers messages que j’ai envoyés qu’on faisait un effort pour ne pas utiliser de formules ou de concepts qu’on n’avait pas définis donc que j’espérais que tout le monde fasse comme nous.

Je conclue sur cette citation les billets consacrés aux points de vue des concepteurs de MOOC sur les interactions qui se déroulent au sein des cours. Que vous soyez concepteur ou apprenant, je vous encourage, si vous le souhaitez à donner votre propre point de vue sur la question … Je vous ai un peu envoyé pèle-mêle une compilation d’observations de ma part, j’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur et que ces quelques extraits alimenteront vos propres réflexions.

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