Retour sur les Inquiry-Based Learning Environments (IBLE)

J’aimerais vous parler aujourd’hui des IBLE (Inquiry-Based Learning Environment), ces logiciels visant à instrumenter plus spécifiquement la démarche d’investigation (DI). Techniquement parlant, de nombreux IBLE rencontrés correspondent à la définition de CMS (Content Management System, comme WordPress) ou de LMS (Learning Management Systems, comme Moodle ou Open edX), selon leurs fonctionnalités. Mais pensés pour l’enseignement des sciences.

Les IBLE se distinguent les uns des autres par la manière de spécifier les différentes étapes de la DI, par les fonctionnalités développées pour instrumenter telle ou telle étape, par les étapes effectivement traitées. Certains outils, comme le Web-Inquiry Science Environment (WISE) de Berkeley se veulent généralistes, et proposent des fonctionnalités variées, des phases de formulation de la question de recherche à celle de visualisation des données. Certains outils ne sont pensées que pour une seule étape (par exemple, la formulation des hypothèses), ou une seule dimension de la DI (par exemple, l’argumentation). Il reste à déterminer des critères permettant de définir quand un tel ou outil constitue ou non un IBLE. Certains, comme Go-lab, proposent des fonctionnalités permettant de représenter l’activité des élèves (tableaux de bord, etc.). Cet article permet d’illustrer avec des captures d’écran le concept d’IBLE, sur la base de WISE. Les IBLE reposent dans une large mesure sur l’étayage.

Pour citer Bruner, un étayage vise à restreindre “la complexité de la tâche permettant à l’enfant de résoudre des problèmes qu’il ne peut accomplir seul.”. L’étayage n’est pas un outil, pas une fonctionnalité. A bien des égards, une aide didactique peut constituer un étayage. C’est une question relativement transversale, qui se posera quelle que soient les grandes orientations choisies en termes de développement. Il existe une littérature abondante aussi bien sur l’étayage dans l’apprentissage collaboratif (CSCL), que sur l’étayage de la démarche d’investigation, pensée comme une séquence flexible d’étapes relativement bien définies. C’est à cette dernière forme d’étayage que je me réfère dans les paragraphes qui suivent. Notre revue de littérature nous a conduit à nous intéresser aux différentes étapes, aux différentes dimensions de la démarche d’investigation. La définition des étapes et des dimensions de la DI varie sensiblement d’un auteur à l’autre, d’un outil à l’autre, mais nous n’entrerons pas ici dans le débat de leur définition.

Il existe des étayages liés à la formulation d’idées : questions de recherche, hypothèses, etc. Ils se distinguent les uns des autres par le degré de contrainte correspondant  (une illustration des ces différences est donnée dans cet article). La contrainte peut être faible, lorsqu’il ne s’agit que de qualifier l’idée à partir d’un menu déroulant, ou plus forte, lorsque la structure de l’idée, ses composantes, sont relativement bien déterminées à l’avance. Nous renvoyons à ce billet pour une illustration de la question. Pour ce qui est de la réalisation de l’état de l’art, l’étayage peut consister à proposer à l’élève des champs texte structurant les informations qu’il doit extraire d’un document (comme on peut le voir dans cet article).

L’étayage peut également porter sur la proposition d’une procédure de recherche ou la collecte de données (nous illustrons la question avec l’IBLE Go-Lab dans cet article). Les dimensions soulignées jusqu’à présent, entre contraintes faibles et contraintes fortes, valent également. Dans un exemple d’une contrainte forte pour la proposition d’une procédure de recherche, les variables d’intérêt peuvent être déterminées à l’avance. Le rôle de l’élève n’est que d’identifier celles qu’il souhaite faire varier, celles qu’il souhaite maintenir constantes, celles qu’il s’agit de mesurer. Il en va de même pour l’analyse de données, où l’ensemble des variables considérées, et des croisements qui peuvent être réalisés, peut être restreint pour réduire la complexité de la tâche (on en trouvera dans cet article une illustration avec l’IBLE Galapagos Finches). Enfin, on trouve également des étayages pour l’interprétation des données. Dans cet exemple de Go-Lab, l’étayage vise à mettre en relation les hypothèses initiales et les données récoltées.

Les étayages peuvent concerner l’ensemble des dimensions ou des étapes d’une démarche d’investigation. C’est ce qui fait la spécificité des IBLE parmi la diversité des LMS (les IBLE sont bien souvent des LMS).

Voilà, si vous avez été au bout de l’article, vous en savez un peu plus sur les IBLE et sur ce qui fait leur spécificité. Cela vous fait une belle jambe n’est-ce pas ? Sachez qu’on va revenir pas mal de fois sur la question au cours de l’année à venir. Vous êtes prévenus.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>